Impossible de raconter la Formule 1 sans évoquer l'ovale bleu. Ford a beau avoir quitté la catégorie reine en 2004, son héritage reste colossal : 176 victoires, 13 titres de Champion du Monde des Pilotes et 10 titres Constructeurs, qui en font le troisième motoriste le plus titré de l'histoire, juste derrière Ferrari et Mercedes.
Depuis son retour officiel en 2026 aux côtés de Red Bull Ford Powertrains, le paddock vit une nouvelle ère hybride. Mais pour comprendre le présent et l'avenir de Ford en Formule 1, il faut d'abord remonter le temps. Car l'histoire nous l'a appris : dès que Ford pose ses roues sur la grille, les règles du jeu ont tendance à changer.
Pendant près de quatre décennies, l'association de Ford avec des préparateurs de légende, en particulier à travers sa mythique alliance avec Cosworth, a donné naissance à des monoplaces qui n'ont pas seulement gagné des courses : elles ont révolutionné le sport automobile pour toujours. Voici trois d'entre elles.
1967 : la Lotus 49, ou la naissance d'une révolution technique
S'il fallait situer un « Big Bang » dans l'histoire technique de la Formule 1, ce serait au Grand Prix des Pays-Bas de 1967, sur le circuit de Zandvoort. C'est là que fait ses débuts la Lotus 49, une monoplace conçue par le visionnaire Colin Chapman et propulsée par un chef-d'œuvre d'ingénierie financé par Ford : le moteur Ford-Cosworth DFV V8 de 3,0 litres.
Ce jour-là, la Lotus 49 ne se contente pas de remporter sa première course, avec le légendaire Jim Clark à son volant. Elle introduit un concept qui va bouleverser à jamais la conception des monoplaces : le moteur comme élément structurel du châssis. Jusqu'alors, les moteurs étaient logés dans un châssis tubulaire supportant l'ensemble du poids de la voiture. Chapman et les ingénieurs de Ford et Cosworth ont l'idée de boulonner directement le moteur DFV à l'arrière du monocoque, en l'utilisant comme point de jonction avec la suspension arrière et la boîte de vitesses.
Cette solution permet un gain de poids considérable, une meilleure rigidité et un centre de gravité abaissé. Le moteur se révèle si léger, compact et fiable que Ford décide d'en autoriser la vente à d'autres écuries, démocratisant ainsi la grille et permettant à des équipes indépendantes de rivaliser avec des géants comme Ferrari. C'est le début d'une ère dorée : la Lotus 49, pilotée également par Graham Hill, décroche le titre de Championne du Monde dès 1968.



Le moteur Ford DFV au Grand Prix de Hollande, 1967. Jimmy Clark célébrant la première victoire du moteur Ford DFV. Jimmy Clark au volant, lors de la première victoire du Ford DFV au Grand Prix de Hollande, 1967.
1978 : la Lotus 79 réinvente l'aérodynamique
Dix ans après les débuts du moteur DFV, beaucoup pensaient que le vétéran V8 de Ford arriverait en fin de course, face aux moteurs à plat plus puissants de Ferrari ou aux premiers moteurs turbo. Mais c’était sans compter sur Colin Chapman, qui sort à nouveau un lapin de son chapeau en 1978 avec la Lotus 79, surnommée « Black Beauty ».
Cette monoplace pousse la technologie de l'effet de sol à son paroxysme. Ses pontons latéraux, sculptés comme des ailes d'avion inversées, accélèrent l'air sous la voiture et créent une zone de basse pression qui la plaque littéralement au sol. Des jupes en caoutchouc mobiles viennent sceller le fond de la voiture pour empêcher cet air de s'échapper.
Pour que ce système fonctionne à la perfection, il fallait un moteur étroit, laissant assez d'espace pour les tunnels aérodynamiques. Là où le douze-cylindres à plat de Ferrari était trop large, le compact V8 Ford-Cosworth DFV s'intégrait parfaitement.
Le résultat ? Une domination sans partage. Au volant de la Lotus 79, Mario Andretti survole les virages à des vitesses inédites, décrochant les Championnats du Monde des Pilotes et des Constructeurs en 1978. La preuve qu'associé à la bonne aérodynamique, le V8 Ford reste imbattable.

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1994 : la Benetton B194 couronne Schumacher
La saison 1994 reste l'une des plus intenses et controversées de l'histoire de la Formule 1. En pleine refonte réglementaire interdisant les aides électroniques actives, une monoplace agile et redoutablement rapide s'impose : la Benetton B194.
Conçue par Rory Byrne et Ross Brawn, elle est exclusivement propulsée par le moteur Ford Zetec-R V8 de 3,5 litres. Si les V10 Renault de Williams affichaient une puissance de pointe théoriquement supérieure, le V8 Ford se distinguait par sa légèreté, son excellent couple à bas régime et une consommation très maîtrisée.
À son volant, un jeune pilote ambitieux : Michael Schumacher. L'Allemand livre une saison de haute voltige, remportant six des sept premières courses et exploitant à fond l'agilité du châssis de la Benetton et la réactivité du moteur Ford. Après un final à couper le souffle à Adélaïde, en Australie, Schumacher décroche son tout premier titre mondial. Un sacre qui restera aussi, à ce jour, le dernier titre des pilotes remporté par un moteur Ford en Formule 1, refermant en beauté l'une des plus belles pages du sport automobile.



2026 : une nouvelle page s'écrit
Le retour de Ford en Formule 1 en 2026 s'inscrit dans la continuité de cette histoire d'innovation. Aux côtés d'Oracle Red Bull Racing et de Visa CashApp Racing Bulls, l'ovale bleu apporte son expertise en électrification, en chimie des batteries et en logiciels de contrôle pour développer la nouvelle unité de puissance hybride qui propulse les monoplaces des champions du monde en titre.
Trois monoplaces, trois révolutions : l'histoire nous l'a montré, lorsque Ford entre en piste, rien n'est plus jamais comme avant.

